Nominés au Prix Progression
1 – Bastien Auzou, dirigeant de Dinno Santé et de Seprodom

D’origine normande, Bastien Auzou a découvert La Réunion en 2007, à l’occasion d’un stage de cinq mois comme visiteur médical chez un prestataire de santé. Il n’avait alors que 23 ans. Après un bref retour dans l’Hexagone pour valider sa formation, il revient à La Réunion et intègre le laboratoire AstraZeneca. « J’y ai rencontré l’un de mes mentors, Xavier Barbier, qui m’a transmis le goût du management, de l’exigence et surtout celui de la réussite », relate Bastien Auzou. Très rapidement, les résultats suivent. Il est élu deux années consécutives délégué médical de l’année à La Réunion. De quoi attirer l’attention du laboratoire danois Novo Nordisk, leader dans le traitement du diabète, qui le recrute comme délégué hospitalier après seulement deux ans d’expérience. En 2012, le voilà promu au poste de directeur régional Réunion-Mayotte. Il n’a que 28 ans. Sa carrière se poursuit dans l’Hexagone, comme directeur régional en Île-de-France, à la tête d’une équipe de 12 personnes, « toutes plus expérimentées que moi », précise-t-il. Mais La Réunion lui manque. Une opportunité d’y revenir se présente avec le groupe Air Liquide qui, en 2010, avait racheté Chronolyss, prestataire de santé à domicile, spécialiste du diabète et notamment des pompes à insuline. Après son rachat, l’entreprise était devenue Dinno Santé, et Bastien Auzou en prend la direction à La Réunion en 2016. En moins de dix ans, il fait progresser son chiffre d’affaires de 2 millions à plus de 3,5 millions d’euros. Une performance remarquable, car les pouvoirs publics tirent les prix vers le bas sur ce marché du maintien à domicile, qui compte près de 30 concurrents.
En 2014, le groupe Air Liquide a racheté Seprodom, un autre prestataire de santé à domicile. Cette entreprise avait été créée à La Réunion en 2003 et s’était développée à Mayotte et aux Antilles. En décembre 2024, la gérance de Seprodom est confiée à Bastien Auzou, qui continue à diriger Dinno Santé. Sa mission consiste à piloter la fusion entre les deux entreprises sous l’enseigne Seprodom et à redynamiser les ventes. En 2025, Seprodom a réalisé un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros et un résultat net de 500 000 euros alors qu’en 2024, elle affichait une perte de 300 000 euros. Avec la fusion, l’ensemble de l’activité santé à domicile d’Air Liquide, à La Réunion, représente près de 14 millions d’euros de chiffre d’affaires et 65 salariés. Mais au-delà des chiffres, Bastien Auzou se dit fier de l’impact humain de son métier : « Nos équipes accompagnent chaque jour des patients réunionnais dans leur retour à domicile : perfusion, nutrition, diabète, cicatrisation, respiratoire, oxygénothérapie, apnée du sommeil… » La Rédaction
2 – Houda Jouanneau, fondatrice et dirigeante de Sève Ingénierie

Le bois, Houda Jouanneau l’a choisi très tôt. Originaire de Tunisie, elle rejoint Nantes en 2009, à 22 ans, pour intégrer l’École supérieure du bois. « On n’est pas nombreux à faire de l’ingénierie bois. Ce sont des formations assez spécifiques. » Dans sa promotion d’une soixantaine d’étudiants, ils ne sont qu’une dizaine à se spécialiser dans ce domaine.
Son stage de fin d’études, en 2012, la conduit à La Réunion, dans une entreprise de charpente, avant de rejoindre en 2018 un bureau d’études. Ce qui permet de devenir plus généraliste, mais le bois lui manque. « Ou bien je me généralisais vraiment, ou bien je revenais à mes premières amours. Et je ne me voyais pas m’éloigner du bois ; c’est un métier passion », confie-t-elle.
En 2019, elle saute le pas et crée Sève Ingénierie, un bureau d’études spécialisé dans le bois. Un choix entrepreneurial qui intervient alors qu’elle est enceinte de son premier enfant. « Je ne voulais pas faire de choix entre vie professionnelle et vie personnelle. » Alors, elle recrute très vite, pour être épaulée. Son premier salarié arrive dès la création de l’entreprise, puis son équipe s’étoffe rapidement. En 2021, l’entreprise compte trois personnes, puis six en 2022 et sept actuellement.
Aujourd’hui, Sève Ingénierie accompagne des entreprises de charpente et intervient aussi bien en maîtrise d’œuvre qu’en exécution. Le bureau d’études travaille sur des projets réunionnais, comme l’UFR Santé, mais aussi à Mayotte, notamment sur des projets de groupes scolaires. Et il affiche une forte croissance : son chiffre d’affaires est passé de 177 000 euros en 2019 à 710 000 euros en 2025.
Pour la suite, Houda Jouanneau ne cherche pas nécessairement à poursuivre la croissance à marche forcée. « L’objectif est plutôt de stabiliser l’activité », confie la dirigeante, qui juge le secteur du BTP « peu dynamique ». Pour elle, l’objectif est surtout d’améliorer l’efficacité de son organisation. L’entrepreneure entend aussi continuer à défendre une filière bois adaptée aux territoires tropicaux. Depuis décembre 2025, Sève Ingénierie est notamment adhérente à Fibois océan Indien et participe aux réflexions autour des spécificités techniques du bois. Jéromine Doux
3 – Clément Queynnec, fondateur et dirigeant de Run Ombrage

Breton et passionné de voile, Clément Queynnec a fondé Run Ombrage en 2010. En Métropole, il avait commencé à s’intéresser à la fabrication de parasols et de voiles d’ombrage, avant de venir tenter sa chance à La Réunion. Le marché de l’aménagement de la promenade des Roches-Noires, à Saint-Gilles-les-Bains, lui permet de se faire connaître. Il constitue une première petite équipe, ouvre brièvement un atelier à l’île Maurice avant de trouver un local sur la zone d’activités de Bras-Montvert, à Trois-Bassins.
Il embauche un soudeur pour fabriquer les structures métalliques supportant ses voiles, qu’il sous-traitait jusqu’alors. Il emploie aujourd’hui sept salariés – couturiers, soudeurs, installateurs – et s’appuie sur des commerciaux indépendants pour prospecter de nouveaux clients.
« Nous ne vendons pas des mètres carrés de toile, mais des solutions techniques de protection contre le soleil », dit-il. Run Ombrage travaille avec des bureaux d’études pour calculer les efforts de charge et proposer des réponses à des demandes complexes. Ses produits sur mesure (voiles, stores, pergolas et vélums, en toiles acryliques, polyéthylène ou PVC) intéressent aussi bien les particuliers que les professionnels – notamment ceux de l’hôtellerie et de la restauration, soucieux du confort de leurs clients – et les collectivités. Budget léger, esthétique, garantie décennale contre les UV : ses voiles et ses stores deviennent familiers dans le paysage de l’île, notamment sur la côte Ouest.
Clément Queynnec s’emploie, en parallèle, à faire connaître l’existence d’une aide de la Caisse générale de sécurité sociale, qui subventionne à hauteur de 50 % les voiles d’ombrage et tout autre équipement permettant de protéger du soleil les salariés travaillant à l’extérieur.
Le chiffre d’affaires de Run Ombrage a dépassé les 900 000 euros ; la barre du million sera franchie en 2026. Tout récemment, l’entreprise a décroché deux beaux marchés, pour le lycée des métiers de la mer, au Port, et le nouveau siège d’Orange, au Chaudron. Seul frein à son développement, que Clément Queynnec espère faire sauter rapidement : il est à l’étroit dans son bâtiment de Trois-Bassins et en cherche un plus grand. Bernard Grollier

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