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Nos îles au cœur d’un monde multipolaire

En réponse à mon dernier éditorial, un lecteur averti, au sujet de ce « Moyen-Orient compliqué », me fait remarquer que la plupart des ultra-orthodoxes, en Israël, sont plutôt opposés aux sionistes. Et c’est vrai que le sujet est complexe, avec différentes mouvances dont certaines vont jusqu’à contester l’existence de l’État d’Israël.

Quoi qu’il en soit, on sait que pour revenir au pouvoir, Benjamin Netanyahou et son parti, le Likoud, ont pactisé avec l’extrême-droite et les ultra-orthodoxes. Rappelons que le Likoud est fermement opposé à l’existence d’un État palestinien et défend le « grand Israël ». En ce sens, il est clair que le Hamas a été son allié objectif. D’autant plus que l’objectif principal du Hamas, issu de l’organisation des Frères musulmans, n’est pas la « libération de la Palestine », mais la création d’un califat mondial. On peut dire que son attaque terroriste du 7 octobre est survenue à point nommé. C’est horrible et très cynique de dire ça. Mais l’expert militaire suisse Bernard Wicht, enseignant à l’Université de Lausanne et au CNAM à Paris, va plus loin. Il ne craint pas de poser la question : « Israël a-t-il laissé démarrer l’attaque du Hamas afin de recréer l’union sacrée de la société ? » Son entretien dans le média digital suisse L’Impertinent (qui porte bien son nom) est en accès libre.

Luttes d’influences dans l’océan Indien

Le conflit entre le Hamas et Israël a fait passer au second plan celui de l’Ukraine. Ce qui arrange bien certains médias occidentaux, et en particulier les « généraux de plateaux », qui se trompent continuellement depuis le début du conflit. L’échec de l’Ukraine, de plus en plus probable, malgré les dizaines de milliards de dollars déversés par l’Occident, sera difficile à digérer par ceux qui annonçaient la fin de Vladimir Poutine, atteint d’un cancer, renversé par un coup d’État ou vaincu militairement.

Dans nos îles de l’océan Indien, tout cela nous semble bien loin. Et pourtant, nous sommes au cœur d’enjeux géopolitiques. Regardons ce qui se passe aux Maldives ! Le nouveau président, Mohamed Muizzu, a décidé de renvoyer les militaires indiens chez eux. Et en matière de coopération, l’archipel devrait certainement se tourner vers la Chine. Nos îles n’échappent pas aux luttes d’influences. Pour l’instant, Maurice arrive à naviguer en évitant un alignement trop marqué. Raison pour laquelle le gouvernement se montre extrêmement discret sur la présence indienne dans l’archipel d’Agaléga, tout en négociant avec les Britanniques sur les Chagos où se tient une base militaire américaine. L’influence des États-Unis devrait d’ailleurs prendre de l’importance comme le montrait, dans notre dernière édition, l’entretien avec l’ambassadeur américain, Henry V. Jardine. Les États-Unis n’investiraient pas 300 millions de dollars dans une nouvelle ambassade si Maurice, et son domaine maritime de plus de 2 millions de km², n’occupait pas une position stratégique. Face à la présence française via les départements de La Réunion et de Mayotte, mais aussi les Terres australes et antarctiques et les îles Éparses. À ce propos, rappelons que la plupart de ces îles Éparses sont revendiquées par Madagascar qui, pour le moment, a d’autres chats à fouetter. Mais ce sont bel et bien des cartes qui éveillent des appétits, d’autant plus qu’on parle de ressources pétrolières. En attendant, dans la Grande Île, le premier tour de l’élection présidentielle s’est déroulé le 16 novembre sans incident majeur. Le taux de participation de près de 40 % annoncé par la commission électorale représente un succès pour le président sortant, Andry Rajoelina, car 10 des 12 candidats qu’il devait affronter avaient appelé au boycott. Cela dit, il faut quand même préciser que l’impartialité de la commission électorale est fortement mise en doute.

Un scénario à la gabonaise peu probable

Dans un pays où la corruption sévit un peu partout, où la population s’appauvrit d’année en année, alors que certains « prédateurs » s’enrichissent outrageusement, on peut faire surtout un reproche au président Andry Rajoelina : ne pas avoir rétabli un État de droit. Mais le pouvait-il ? Quant à ses opposants, dont beaucoup traînent de « lourdes casseroles », ils se sont trompés en lui niant le droit de se représenter sous prétexte qu’il détenait la double nationalité malgache et française (accordée par François Hollande). Il aurait mieux valu exiger de lui qu’il renie officiellement sa nationalité française obtenue de son plein gré (et non pas par filiation comme il le prétend) et qu’il reconnaisse publiquement qu’il y a un conflit d’intérêt à conserver sa nationalité française. En tout cas, on en saura plus le 24 novembre où les résultats du premier tour de l’élection présidentielle devraient être annoncés. Andry Rajoelina est sans doute pressé de l’emporter et de retrouver son immunité, alors que sa directrice de cabinet est accusée par la Justice britannique d’avoir tenté de corrompre une compagnie minière à Londres. Mais que va-t-il se passer puisque son élection sera certainement contestée par l’opposition ? Madagascar va-t-elle connaître une nouvelle crise politique ? La population semble plus lasse que jamais, son principal souci étant de survivre. Et l’armée serait sous contrôle. Un scénario à la gabonaise est donc peu probable.