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Eco Austral – Actualités économiques et entreprises de l'Océan Indien

r. chane nam ©adir
Réunion

Raphaël Chane-Nam, industriel atypique, s’en est allé

Raphaël Chane-Nam est décédé le 25 août à l’âge de 91 ans. L’entrepreneur sudiste a rayonné pendant plus de deux décennies sur l’industrie agroalimentaire réunionnaise, avant de graves déconvenues qui ont précipité la fin de son groupe, au début des années 2000.

En juillet 1986, plusieurs dizaines de milliers visiteurs avaient convergé sur les hauteurs de la zone industrielle n°2 de Saint-Pierre pour assister à un événement largement relayé par les médias de l’époque : une foire industrielle dédiée à la production locale. La manifestation avait vu le jour à l’initiative d’un seul homme, qui avait mobilisé toute son énergie, celle de sa famille et de ses proches collaborateurs pour en faire un grand succès populaire : Raphaël Chane-Nam.

L’entrepreneur sudiste était alors omniprésent sur la scène économique locale. Son ascension avait commencé à la fin des années 1960. Après avoir transformé la boutique familiale à l’enseigne Le Merle Blanc en supérette, la première de Saint-Pierre, il s’était lancé dans la fabrication de glaces et avait rapidement trouvé sa clientèle, notamment le dimanche sur le front de mer de la sous-préfecture du Sud !

Glaces Miko, 3 de Cœur, biscuits Lu

Il obtient alors l’appui de la marque Miko pour l’exploiter à La Réunion. La première unité industrielle de fabrication de glaces entre en service en 1969 sur la zone industrielle n°1 de Saint-Pierre. Raphaël Chane-Nam se lance ensuite dans la fabrication des bonbons Dévé, qui ne résistent pas longtemps à la concurrence des importations. C’est dans la viennoiserie et la biscuiterie qu’il fera franchir une étape déterminante à ses affaires, en lançant les petites pains chocolatés 3 de Cœur (1977) puis les biscuits Lu. Michel Debré vient en personne couper le ruban inaugural de la biscuiterie en 1982 ; la même année, Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur en visite sur l’île, lui remet la médaille du courage et du dévouement, première d’une longue série de distinctions officielles.

Sur sa lancée, l’industriel ambitieux démarre la fabrication des boissons pour enfants Capri Sonne, une marque allemande. Quelques mois après le succès remarqué de « sa » foire, Raphaël Chane-Nam était élu à la présidence de l’Association pour le développement industriel de La Réunion, fonction qu’il occupera pendant deux ans. Il siégeait déjà à la Chambre de commerce et d’industrie et y sera réélu jusqu’en 1992.

En guerre contre les banques

Dans l’euphorie générée par l’événement saint-pierrois, le Conseil général avait décrété 1987 « année de l’industrie ». En novembre 1987, Jacques Chirac alors Premier ministre visite les établissements Chane-Nam où il salue le dynamisme du secteur agro-industriel local et « l’amélioration très sensible de la qualité des produits ». Le logo « Produit Réunion », promu par l’Adir, fait son apparition l’année suivante. Malgré le cyclone Firinga (1989) qui éprouve durement ses entreprises, Raphaël Chane-Nam poursuit son développement, porté par la croissance des « années défiscalisation » et l’augmentation des minima sociaux qui conforte le pouvoir d’achat des Réunionnais.

Mais il avait sans doute commis une erreur stratégique en rachetant au prix fort Solpak, le principal concurrent de Capri-Sonne, en 1988. La décennie qui suit voit les nuages noirs s’accumuler à l’horizon du groupe saint-pierrois. Raphaël Chane-Nam perd la confiance des banques et entre en conflit ouvert avec plusieurs d’entre elles, les accusant d’avoir appliqué des taux usuraires à certains prêts qu’elles lui avaient accordés. Il est finalement obligé de transiger, perd un procès et de précieux soutiens. La flamme de l’innovation ne l’a pas quitté pour autant. Il tente, en vain, de trouver des applications à un procédé d’extraction d’arômes auprès de vinificateurs métropolitains. En 2000, il s’attaque à un marché dominé par la Cilam en s’associant au groupe Chane-Hive, pour conditionner du lait en brique sous la marque Président, avec le soutien de Lactalis. Mais il est déjà bien tard. Les entreprises du groupe Chane-Nam vont mal, connaissent des conflits sociaux à répétition, n’ont plus de trésorerie. En 2002, elles sont placées en redressement judiciaire puis rapidement liquidées.

Jadis flamboyant, Raphaël se retire, limitant ses apparitions publiques et se consacrant exclusivement à la calligraphie chinoise. C’est en toute discrétion qu’il a définitivement quitté la scène, ce 25 août 2026. L’Eco austral présente à ses proches ses plus sincères condoléances.

  • Bernard Grollier

    Diplômé en sciences politiques et en journalisme, en activité à La Réunion
    depuis 1987. Journaliste indépendant et polyvalent, auteur des textes de livres
    consacrés à La Réunion et aux îles de l’océan Indien. Bon connaisseur du tissu
    économique réunionnais, centres d’intérêt variés.

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