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ÉCOCITÉ : quatre projets immobiliers pour préfigurer la ville de demain

En juillet 2022, l’ÉcoCité de La Réunion lançait un Appel à projets urbains innovants (APUI), baptisé Kréolab, en vue d’aménager sept sites du Port, de La Possession et de Saint-Paul. La formule de l’APUI consiste à regrouper des compétences pluridisciplinaires et à stimuler la créativité des architectes, des ingénieurs et autres spécialistes du bâti pour « sortir » des projets immobiliers innovants.

En l’occurrence, l’ÉcoCité veut favoriser l’émergence d’« un nouveau modèle de ville, tropical et insulaire », selon les termes de son président, Emmanuel Séraphin. Ventilation naturelle, économies d’énergie, recyclage des déchets… Les candidats étaient invités à mettre en œuvre toutes les solutions possibles de construction durable.

Chacun des sept sites avait ses spécificités et une destination particulière : logements, commerces, bureaux, activités artisanales, souvent combinées. Quatre sites seulement ont vu aboutir la procédure et la sélection d’un projet : l’exercice n’est pas si facile !

Les lauréats investiront une vingtaine de millions d’euros dans chaque opération, pour des livraisons attendues en 2027-2028. Les quatre réalisations ne manqueront pas d’attirer l’œil. Elles donneront aussi de la visibilité à l’ÉcoCité, labellisée depuis 2009 et qui couvre 1 200 hectares sur les trois communes de l’Ouest, mais dont les projets peinent à être identifiés en attendant l’aménagement de la plaine de Cambaie.

Le projet d’Icade

Sur une parcelle voisine de la façade portuaire, le projet d’Icade intègre diverses innovations expérimentées par le groupe, notamment au village olympique de Paris.

« La première innovation, c’est de faire du logement privé au Port et d’inciter une nouvelle catégorie sociale à s’installer dans la commune », souligne Sanjay Cally, responsable du projet du groupe Icade retenu pour une des parcelles des Portes de l’océan dans le cadre de l’appel à projets Kréolab. Sur les 69 logements de l’ensemble de trois bâtiments en R+5 et R+6 dessinés par Pietri Architectes et Urban Architectes, 51 seront en accession libre (auxquels s’ajouteront 18 logements locatifs intermédiaires).

La plupart des appartements offriront une vue apaisante sur la darse de plaisance du port, un vaste espace vert central jouera le rôle d’îlot de fraîcheur indispensable dans la chaude cité portuaire. Tous les logements seront traversants, les varangues conçues comme des pièces à vivre. Au chapitre des innovations durables, Icade annonce notamment le déploiement d’une technologie de réutilisation des eaux de lavabo et de douche à l’échelle du bâtiment, pour l’alimentation des chasses de WC et pour l’arrosage des espaces verts de la résidence. « Nous allons l’expérimenter dans un de nos bâtiments en cours de livraison au village olympique de Saint-Ouen, qui sera un immeuble démonstrateur, précise Sanjay Cally. Les économies d’eau seront non négligeables, mais une pédagogie sera à mettre en place au-près des occupants, qui auront deux circuits de plomberie distincts dans leur logement. »

Icade et son futur voisin Sorec souhaitent d’autre part rechercher des complémentarités et des synergies dans l’offre commerciale qui sera proposée au pied de leurs immeubles respectifs, devant lesquels la municipalité prévoit de créer une promenade piétonne.

Sorec fait le trait d’union entre la ville et le port

Le projet constitué par la branche immobilière du groupe Isautier, qui a embarqué dans l’aventure le groupe Océinde – notamment pour ses compétences en peinture, en télécommunications et en génie climatique – concerne une des parcelles des Portes de l’océan. Cette friche urbaine est appelée à devenir le trait d’union entre le centre-ville du Port et les bassins du port de la Pointe-des-Galets. « Trait d’union » est d’ailleurs le nom retenu par les promoteurs du projet. Constitué de 56 logements et de 7 commerces en pied d’immeuble, dessiné par le cabinet Néo Architectes, il coche de nombreuses cases du bâti tropical et durable : ventilation traversante, production d’électricité photovoltaïque, végétalisation généreuse, utilisation de matériaux de réemploi et de matériaux biosourcés en façade, recyclage des eaux grises… Il comporte aussi un volet plus sociétal, pour inciter les futurs habitants à vivre ensemble. De nombreux espaces communs sont prévus, sur les toitures végétalisées et dans les cours. Un jardin potager partagé accueillera des interventions de l’association Les Alchimistes Péi, spécialiste du compostage de biodéchets. L’association An Grèn Koulèr viendra pour sa part proposer diverses animations.

Parmi les nombreuses innovations qui seront mises en œuvre dans le projet, l’une d’elle est particulièrement originale. Certains logements seront évolutifs. Entre deux appartements, une pièce pourra être raccordée à l’un ou l’autre, ou bien réservée à une personne seule, qui aura son entrée indépendante mais aussi accès à l’un ou l’autre des logements.

« L’appel à projets Kréolab nous a poussés hors des sentiers battus, souligne Antoine Isautier, responsable du pôle immobilier du groupe Isautier. Ce fut un exercice d’émulation intellectuelle qui nous a beaucoup apporté, d’autant que les innovations d’aujourd’hui seront les règlementations de demain. »

Le futur ensemble Trait d’Union, entre ville et port. ©Sorec

CBo Territoria : un totem à l’entrée de Saint-Paul

Fort de l’expertise acquise à Beauséjour et dans diverses réalisations, CBo Territoria s’est investi dans Kréolab et deux de ses projets ont été retenus. Le premier concerne l’entrée de ville de Saint-Paul, sur une parcelle bordant la Chaussée Royale, non loin du centre Cimendef. Encore plus haut que ce dernier, le bâtiment de 34 mètres qui a été retenu par le jury de l’ÉcoCité sera un véritable totem, avec son habillage de bois évoquant le tressage du vacoa. « Le choix de la ventilation naturelle, du moins dans les logements, a guidé le dessin de l’ouvrage, explique Géraldine Neyret, directrice générale de CBo Territoria. Ce fut un travail d’intelligence collective, un processus itératif, dans une logique d’économie de la fonctionnalité. » Le promoteur-aménageur s’est appuyé sur ses équipes internes tout en « recherchant des associations avec les acteurs les plus pertinents » dans chaque domaine de la construction durable : climatisation limitée, récupération des eaux grises, production d’électricité photovoltaïque, réemploi de matériaux… Deux cabinets d’architectes (Tand’M à La Réunion et Atelier du Pont en métropole) ont planché sur le projet Vacoa.

CBo s’est également vu attribuer la construction de la « cité artisanale » du Port, dans le futur « Kartié Mascareignes », entre la ville et la ZAC 2000. Le programme de 16 000 m² abritera à la fois des logements destinés à des jeunes actifs, des salles de formation et de tiers-lieux d’insertion ainsi que des bureaux et des ateliers, sur plus de 6 000 m². Associé à des spécialistes locaux de l’architecture bioclimatique, de l’écologie urbaine, des énergies renouvelables et de la gestion des déchets (LAB, LET et LEU Réunion, le bureau d’études Top Bis, Suez), mais aussi la SHLMR et les Apprentis d’Auteuil, CBo Territoria a imaginé un lieu où la mixité des usages demandera de répondre à des besoins multiples tout au long de la journée.

Un projet architectural audacieux à l’entrée de ville de Saint-Paul. ©CBo Territoria