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Réunion

Le groupe Clinifutur exporte son expertise en dialyse

Après avoir exporté son expertise en dialyse à Mayotte, Clinifitur va s’implanter au Sénégal et en Guyane. Un développement international conduit par Jeanne Loyher, directrice générale déléguée des centres de dialyse du groupe.

Dans un territoire comme La Réunion, particulièrement touché par le diabète et l’hypertension, l’insuffisance rénale est un véritable problème de santé publique. Le groupe Clinifutur a été un pionnier dans son traitement en créant en 1985, à Sainte-Clotilde, sa Société de dialyse (Sodia). En 2003, la Sodia se rapproche des patients de l’ouest de l’île en ouvrant un centre au Port, à la clinique Jeanne d’Arc.

Aujourd’hui, on compte un total de trois centres de dialyse qui, depuis 2016, sont certifiés ISO 9001. Plus précisément, deux centres « lourds » et une unité de dialyse médicalisée (UDM) qui occupent 200 professionnels de santé et 8 néphrologues pour prendre en charge plus de 650 patients. De quoi développer un savoir-faire qui, en 2012, s’est exporté à Mayotte avec l’ouverture d’un premier centre de dialyse lourd de 20 postes. En 2014 s’ouvre un deuxième centre avec 16 postes de dialyse médicalisée, puis en 2016 un troisième comprenant 20 postes de dialyse médicalisée et 6 en autodialyse. « Cela représente un total de 250 patients qui, auparavant devaient rester à La Réunion », souligne Jeanne Loyher, directrice générale des centres de dialyse. C’est elle qui conduit personnellement ce développement à l’extérieur de La Réunion, s’appuyant sur la longue expérience de la Sodia. Mais ce n’est pas simple, la principale difficulté étant le manque de ressources humaines. « Dans un domaine frappé de pénurie et traversant une profonde crise d’attractivité, nos centres de Mayotte emploient 90 personnes à demeure, dont une vingtaine d’infirmières mahoraises ; douze postes de soignants sont vacants. » Sans parler du problème de l’approvisionnement en eau dont les centres de dialyse sont de gros consommateurs.

Forte de cette première expérience à l’export, Jeanne Loyher s’est intéressée au Sénégal, tout simplement en échangeant avec un médecin sénégalais venu travailler quelques années à La Réunion dans l’une des cliniques du groupe Clinifutur. Elle apprend que 5 800 patients sont en attende de dialyse à Dakar. « Et encore, ce sont ceux qui ont été identifiés, mais on estime que ce serait plutôt 20 000 patients. » La directrice de la Sodia, qui a l’âme d’une baroudeuse, se rend sur le terrain en 2021 et se révèle très convaincante auprès des autorités. Seule femme s’exprimant devant un auditoire masculin, elle séduit par son expertise, ses responsabilités au sein de la HAS et aussi par le concept de la « dialyse verte » (récupération de l’eau, énergies renouvelables). Le groupe réunionnais est choisi pour lancer un centre de dialyse au sein d’un projet d’hôpital privé. La première pierre est posée en décembre 2022 pour une ouverture annoncée pour fin 2024. Le centre proposera 38 postes d’unité de dialyse médicalisée (UDM), de quoi prendre en charge 228 patients. Au Sénégal, cette prestation de santé est proposée à un prix inférieur de moitié à celui de La Réunion. « Mais les salaires des médecins et des infirmières sont nettement inférieurs également », souligne Jeanne Loyher. « Nos centres sont à chaque fois plus innovants », précise la « tête chercheuse » du groupe Deleflie qui ajoute que son niveau d’exigence est le même partout.

Prochain challenge, celui de la Guyane, lancé en 2023 avec l’achat d’un terrain et l’accord de l’Agence régionale de santé (ARS). « Pas loin de l’aéroport, ce nouveau centre de dialyse se voit écoresponsable, dans une approche innovante et respectueuse de l’environnement. » Il est prévu 32 postes d’UDM, de quoi traiter 192 patients. Et ça devrait aller vite. L’ouverture est annoncée pour fin 2024, comme pour le Sénégal.

Jeanne Loyher : l’expérience et l’expertise : Jeanne Loyher évolue depuis 2004 au sein du groupe Clinifutur où elle a été directrice des Ressources humaines, avant de prendre en charge les centres de dialyse qui représentent un volet important du développement du groupe. Elle a l’avantage d’associer une solide expérience du secteur de la santé à une expertise qui lui vaut d’être membre permanente de la Haute autorité de santé (HAS) où elle siège dans la Commission de certification des établissements de santé (CCES). Elle a commencé son parcours comme infirmière et a pu acquérir une expertise dans les services de réanimation et grands brûlés. Cadre de santé, elle a aussi été diplômée en gestion des Ressources humaines et se trouve titulaire d’un DESS en qualité-organisation-management, un cursus suivi au Canada et en France. Pendant 14 ans, elle a pu développer sa pratique d’expert-visiteur. Autant de cordes à son arc qui lui permettent d’être écoutée et de conduire un développement international dans la dialyse.