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Réunion

DIDIER FAUCHARD, PRÉSIDENT DU MEDEF : « L’amélioration des déplacements est un enjeu fondamental »

En matière de mobilité, Didier Fauchard, président du Medef Réunion, souligne que la priorité est de parvenir à impliquer chaque entreprise et chaque salarié. À la fois par des solutions ajustées et par une prise de conscience des bénéfices individuels et collectifs engendrés.

L’Éco austral : La question des mobilités est-elle importante pour le Medef Réunion ?

Didier Fauchard : La transition énergétique et environnementale est inéluctable. Elle constitue un défi majeur pour les entreprises réunionnaises, dès aujourd’hui et pour les prochaines décennies. À ce titre, le Medef Réunion les encourage à mettre en œuvre une politique de responsabilité sociale et sociétale (RSE) orientée vers la sobriété énergétique, pour laquelle nous avons d’ailleurs imaginé un kit d’informations et de conseils. Placés au cœur de la feuille de route du Medef Réunion, la mobilité et les déplacements des salariés au sens large y constituent un des sujets évidemment prioritaires.

En quoi les difficultés de déplacements pèsent-elles sur les entreprises réunionnaises ?

L’état des lieux des congestions routières quotidiennes à La Réunion est effarant. Étant personnellement amené à effectuer de nombreux déplacements entre mon entreprise, située à Saint-Pierre, et le siège du Medef, installé au Barachois, je peux vous confirmer que certaines portions et certains horaires sont à éviter absolument ! Or, d’un point de vue économique, la finalité des mobilités est d’offrir les conditions adéquates pour créer de l’emploi et maintenir les Réunionnaises et les Réunionnais en emploi, en leur permettant de se rendre sur leur lieu de travail en temps, en heure et avec l’énergie suffisante pour assurer leur mission. Il apparaît donc indispensable de sortir du tout-voiture en proposant des solutions alternatives douces et durables dans le contexte de transition énergétique et environnementale que l’on connaît. Pour l’heure, la voiture reste incontournable pour bon nombre de déplacements professionnels, et les problèmes liés à la mobilité sont réels et pesants pour les entreprises de l’île.

Quelles solutions alternatives vous semblent-elles appropriées ?

Il faut être réaliste, la marche et le vélo sont et resteront des modes marginaux. La plupart des déplacements domicile-travail qui se font actuellement en voiture (et bien souvent seul dans sa voiture) ne pourront être remplacés que par des transports en commun ou par du covoiturage. Forcément, les transports en commun sont à développer, encore faut-il réserver aux bus et aux cars des voies dédiées et prioritaires, de manière à leur apporter la fiabilité qui leur manque aujourd’hui et de la valeur ajoutée par rapport au véhicule individuel. Le transport par câble ? Pourquoi pas. L’idée est séduisante, et le concept permet de résoudre une partie des problématiques de déplacements sur certains territoires, en reliant directement les hauts aux bassins d’activité économique implantés sur le littoral. Quant au covoiturage, j’y crois vraiment, mais là encore il est urgent de simplifier encore davantage les outils comme les démarches administratives et fiscales que cette pratique induit. Enfin, en attendant que ces solutions alternatives se soient massivement imposées, la question du stationnement et des parkings est fondamentale.

« Il faut réserver aux bus et aux cars des voies dédiées et prioritaires… » ©Droits réservés

Le Medef Réunion encourage-t-il ses membres, et les entreprises en général, à se doter de PDME (Plans de mobilité employeur) ?

Là encore, la théorie se heurte à la réalité. Dans la plupart des zones d’activités de l’île, les « gros porteurs », c’est-à-dire les entreprises qui comptent plus de 100 salariés, se comptent sur les doigts de la main. Or seules ces entreprises (employant plus de 50 salariés sur un même site – NDLR) sont soumises à l’obligation légale de déployer un PDME. Toutes les autres, ces TPE-PME qui constituent l’essentiel du tissu économique local, n’en ont ni l’obligation, ni l’ingénierie, ni les moyens financiers. Pourtant, rien ne pourra bouger sans elles. Il me semble par conséquent essentiel d’avancer sur ces zones d’activités grâce à des collaborations public-privé. C’est en mettant l’ingénierie et les compétences des collectivités au service de ces TPE-PME que celles-ci pourront enclencher une politique interne susceptible d’optimiser les déplacements. Il faudra par ailleurs leur laisser le temps d’expérimenter les solutions les plus appropriées à leur fonctionnement et à leurs contraintes. Cela passera éventuellement par des erreurs, mais au final je suis persuadé que les moins mauvaises des solutions seront appliquées.

Quels bénéfices l’entreprise peut-elle retirer de ces PDME ou simplement de l’amélioration des conditions de déplacements ?

C’est évident qu’il vaut mieux compter sur un salarié qui n’a pas perdu deux heures le matin et n’arrive pas énervé pour prendre son poste de travail. Des trajets domicile-travail plus fluides contribuent à améliorer les conditions de travail, le bien-être des salariés et la politique QVT (Qualité de vie au travail) de l’entreprise. Une meilleure mobilité crée de l’attractivité, de la compétitivité et met les employés dans les conditions optimales pour aborder sereinement le changement et les transformations du monde de l’entreprise, qu’elles soient organisationnelles, environnementales, digitales, etc.

Le télétravail est-il une piste privilégiée par le Medef Réunion ?

Ce type d’organisation du travail a fait l’objet d’accords d’entreprise, et non de branche. Je pense que ce choix du cas par cas était le bon. Certaines entreprises ont misé, quand leurs métiers le permettaient, sur du télétravail quasiment complet. D’autres se montrent totalement réticentes. Beaucoup sont dans un entre-deux, avec un ou deux jours maximum télétravaillés. Mais des solutions mixtes et innovantes devraient à mon sens être imaginées. Par exemple des tiers-lieux, c’est-à-dire des sites de travail délocalisés, plus proches des lieux d’habitation des salariés, où il serait possible de commencer sa journée de travail dans des conditions identiques à celles du bureau, avant de rejoindre ensuite le site principal en horaires décalés, sans avoir à subir les embouteillages.

Des incitations financières, comme le permet notamment le forfait mobilités durables, pourraient-elles accélérer le changement ?

Je n’y crois pas. Cette incitation pécuniaire seule ne résoudra rien, car l’enjeu n’est pas là. Les habitudes liées à la voiture sont fortes et la plupart des salariés ne se sentent pas concernés par les solutions alternatives déjà existantes. C’est à l’entreprise de déployer des initiatives créatives, ajustées aux besoins de leurs employés, et susceptibles de leur permettre de se figurer le bénéfice qu’elles représentent à titre individuel pour chacune et chacun d’entre eux. Nous avons un travail d’évangélisation à mener auprès des entreprises et des salariés pour que tout le monde se sente concerné, personnellement et collectivement, par les mobilités douces et durables. Cela prendra peut-être du temps, mais ça viendra, je n’en doute pas, car il nous faut absolument sortir du tout-voiture et décongestionner l’île pour maintenir l’attractivité et la compétitivité de nos entreprises.